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Saturday, June 20, 2020

Les douceurs de l’esclavage au paradis dominicain

Cet article de fonds de notre collaborateur et ancien collègue met en lumière certaines considérations historiques voilées par les médias haïtiens en général....les classes dominantes particulièrement. Le sociologue haïtien Franck Séguy, actuellement au Brésil pour une maitrise en Service social, fait le point sur les compatriotes haïtiens réduits en esclavage en ce plein 21ème siècle. Seguy appelle à la destruction du capitalisme pour sortir du joug de l'humiliation. Lisez attentivement... 

Une vidéo fait la une des forums haïtiens depuis le début du mois de mai 2009. Elle montre une foule de Dominicains rassemblés dans le quartier Buenos Aires de Herrera, à Santo-Domingo en République Dominicaine, spécialement pour assister à ce qui semble être une corrida. Le taureau? Un des nombreux esclaves Haïtiens vivant en République dominicaine. Le toréador? Un Dominicain musclé muni d’une hache. D’un seul coup de hache, la tête du Haïtien, Carlos Merilus, est tranchée. Et le délire s’empare de la foule. Les enfants immortalisent le moment en gravant des photos à l’aide de leurs appareils cellulaires. Les adultes applaudissent. L’extase atteint son comble. On dirait que la République Dominicaine vient de remporter une coupe du monde. Fin 2008, un de mes amis vivant en République dominicaine m’avait envoyé des images vidéo montrant un Dominicain coupant la main à un Haïtien avec une machette, après l’avoir forcé celui-ci à se déshabiller totalement. Puis, l’ayant contraint à étendre sa main sur une pierre, servant d’autel pour le sacrifice, le Dominicain tranche la main d’un seul coup de machette. Une scène définitivement ordinaire en République Dominicaine! J’avais moi-même posté cette vidéo sur un forum haïtien très fréquenté, avec un objectif précis: tester le degré de cynisme et de perversion des classes dominantes haïtiennes et leurs abominables capacités à manipuler les classes dominées-exploité es. J’en ai eu pour mon compte. Les médias bourgeois – il n’y en a pas d’autres en Haïti, actuellement – se sont voués à une course effrénée d’émissions libres-tribunes et d’«analyses», exactement pour éviter qu’on ne cherche les racines du problème. Et comme d’habitude, après quelques émissions de défoulement, tout est rentré dans l’ordre – le même. L’objectif était atteint! 

La vidéo montrant la décapitation de l’esclave haïtien en terre voisine, le samedi 2 mai 2009, suscite beaucoup d’émoi. Nos professionnels libéraux, missionnaires d’ONGs, cadres d’administration et de commerce, professionnels de communication ... petits-bourgeois en cravates et cols blancs, généralement désignés par le concept flou de classes moyennes, se montrent on ne peut plus choqués. Parce que des centaines de milliers d’ Haïtiens sont réduits – et tués – en esclavage? Oh! Non. Mais parce que cette mort spectaculaire risque de ternir leur image à l’étranger. Aucune société (voire aucun individu) n’a jamais réussi à résoudre un problème qu’elle ne se pose pas ou qu’elle pose mal. De sorte que, si l’on envisage la condition esclave des centaines de milliers de Haïtiens exploités-opprimés en République Dominicaine comme un problème, l’on n’a pas d’autres choix que d’analyser cette condition d’abord en la prenant par ses racines, puis en cherchant les différentes ramifications qui en font un arbre au tronc assez épineux et coriace. 

Un ensemble de faits intrinsèquement reliés les uns aux autres doivent ainsi être pris en considération par celle ou celui qui souhaite faire mieux que pleurer. Qui veut comprendre. 

Brèves considérations historiques 
C’est connu que les Haïtiens représentent le seul peuple des temps dits modernes à descendre directement et exclusivement d’un troupeau d’anciens esclaves qui se sont rebellés. Par respect pour le bon sens, on ne devrait pas parler d’esclaves, mais de captifs qui se sont rebellés – car l’esclave est par définition un soumis. Étant sortie des entrailles de l’esclavage et du colonialisme, Haïti s’en ressent nécessairement. Cependant, il faut comprendre que ceci n’est pas qu’un poids de l’héritage: il s’agit d’un choix qui a réussi à s’imposer entre plusieurs possibles. Dessalines, leader principal de la Révolution qui a conduit à l’Indépendance en 1804, entendait partager les richesses selon le principe communiste «à chacun selon ses besoins». Sa phrase revendicative: «Et les pauvres nègres dont les pères sont en Afrique, n’auront-ils donc rien?» est passée à la postérité. Cependant, on évite de mettre en exergue le fait que celle-ci constituait la réplique à l’interrogation des généraux et autres grandons (grands propriétaires terriens) stipulant: «N’est-il pas constant qu’après avoir joui depuis 10, 20 et 30 ans d’un bien on devait en être supposé le véritable propriétaire?» (Thomas Madiou, Histoire d’Haïti, t. 3, Ed. Deschamps, 1989, p. 391). 

L’analyse de ces deux positions révèle toute la nature irréconciliable des contradictions sur lesquelles devait s’édifier le nouvel État indépendant. D’un côté, Dessalines et toute la masse des anciens cultivateurs se demandaient: «Quelle récompense accordée à ceux qui, par leur héroïsme, avaient rétabli l’empire de la Liberté (...) si les anciens oppresseurs, maîtres de toutes les grandes et riches propriétés, continuaient à en jouir paisiblement ? On se demandait en outre à qui du reste appartenaient ces terres ? N’était-ce pas à ceux qui pendant deux siècles les avaient cultivées, qui n’en avaient jamais joui et qui n’avaient subi que les traitements les plus barbares pour prix de leur sueur? (Madiou, p. 141) ” Pour empêcher que la question ne soit réglée selon ce principe, «ceux des généraux de l’Empire d’Haïti qui n’avaient pris les armes contre les Français que pour jouir, après le triomphe de la cause sainte de la Liberté, des droits politiques les plus larges, ourdiront sa perte [de Dessalines], inciteront à l’insurrection les masses devenues mécontentes…(p.140)». 

La masse des cultivateurs avait pris les armes pour établir l’empire de la Liberté qui, à leurs yeux, signifiait le bien-être collectif pour tous, principalement pour celles et ceux qui avaient subi les traitements les plus barbares pendant deux siècles de sueur et de sang. Les généraux et autres grandons avaient aussi pris les armes contre les Français, mais seulement pour les chasser et prendre leur place. Afin de jouir en seuls maîtres et souverains. C’est donc sur une constante capitaliste-esclavagiste reconnaissant le droit de propriété seulement à ceux-là qui avaient déjà été propriétaires durant l’époque coloniale-esclavagiste que ces derniers ont construit l’Haïti indépendante. Deux ontologies de l’être social radicalement antagoniques croisent ici les fers. Celle de Dessalines et de la masse des paysans, qui voulaient la fin de l’oppression et le partage équitable, a baissé la tête devant celle des généraux et grandons qui n’entendaient que chasser les anciens oppresseurs, laissant intacte le système oppressif. Il en résulte le refoulement des paysans-cultivateurs vers les mornes (terres montagneuses) souvent arides et desséchées. Toute la production développée par ces misérables sera captée par les bourgeois-grandons des villes qui en avaient besoin pour, entre autres, payer l’indue – faussement appelée dette – ­de l’indépendance. Le reste est connu. De 1804 à 1920, les caisses de l’Etat grandonarcho- bourgeois haïtien se sont remplies exclusivement de la sueur et du sang des paysans-cultivateurs. Il a fallu la première occupation étasunienne de 1915 pour initier les grandons-bourgeois haïtiens au pénible exercice de contribuer aux caisses de leur Etat. Toute la castration opérée dans les veines des cultivateurs a servi d’abord à payer à la France son autorisation pour que le peuple haïtien vive. A cette indue, on a octroyé le joli nom de dette d’indépendance. 

Une autre partie de revenus est employée dans des dépenses ostentatoires. Une autre partie encore est directement volée et placée dans les grandes banques européennes. La réserve a été emportée par les occupants yankees qui avaient ouvertement, et au grand jour, dévalisé la banque centrale. Ainsi, on comprend aisément que les centaines de milliers de Haïtiens en esclavage dans les grandes plantations sucrières dominicaines soient essentiellement des paysans et des travailleurs agricoles. Ils sont également employés par l’industrie de la construction. Il est passé en proverbe en Haïti que «le travail de la terre ne récompense pas». C’est pourquoi, tout cultivateur haïtien sait qu’il doit se trouver une autre activité s’il ne souhaite pas croupir dans la plus crasse des misères. 

Mais ceci n’est qu’un aspect de la question. La question fondamentale réside dans la possession même des terres. Elles sont la propriété de bourgeois habitant les villes : les grandons-bourgeois. Ceux-ci ne les exploitent pas selon la pure rationalité capitaliste qui consisterait à y pratiquer une agriculture à grande échelle. Non! Ils les morcellent pour mieux les confier à des paysans qui se chargent de les faire fructifier selon le principe des deux moitiés (demwatye). La perfidie de ce principe permet que, dans tous les coups et les cas, le grandon-bourgeois sort gagnant. Tandis que le paysan ne gagne jamais. Car en ayant reçu une parcelle de terre à travailler, il lui revient la charge de tout le travail: préparation du sol, semence, organisation du travail, main-d'œuvre... Pourtant à la récolte, il doit appeler le propriétaire qui a officiellement droit à la moitié mais qui parfois enlève les trois-quarts. Il en résulte assez souvent que la part qui revient au paysan ne couvre même pas les nombreuses dépenses auxquelles il avait consenti pour réaliser la production. 

Le rapport de ce cultivateur avec cette terre et la culture qu’il y pratique relève donc de la plus pure chosification. On entend par là le fait que ce cultivateur ainsi que la terre qu’il travaille ne représente ni plus ni moins que des moyens pour le grandon-bourgeois d’accroître ses richesses. De sorte que le travail, élément universel de socialisation de l’humanité, a été perverti par l’impératif de l’activité productive capitaliste de type grandonarcho-bourgeois qui est la loi absolue en Haïti. 

Le résultat se vérifie dans la dévastation de notre écologie, dans l’historique phénomène d’exode rural vers Panama (pour la construction du canal, initié en 1880 par la France, puis interrompue, puis terminée par les États-Unis), vers les plantations sucrières étasuniennes à Cuba (fin 19è siècle et première moitié du 20è) et vers la République dominicaine (les bateys, ou la formule d’exploitation peut se résumer par l’équation la «meilleure» suivante : 15 heures de travail par jour = une tonne de canne =1 euro par jour). 

Racisme-capitalisme à la dominicaine 
En 1937, la bourgeoisie dominicaine avait déjà organisé le massacre de plus de 50 mille travailleurs Haïtiens, avec la complicité de la bourgeoisie haïtienne. Car le racisme dominicain alimente constamment cette crainte que la présence haïtienne ne se fasse quantitativement trop significative en République dominicaine. Cette présence est actuellement estimée à 800 000 Haïtiennes et Haïtiens. Plus de 50 000 seraient des étudiants. La constitution haïtienne stipule clairement: «L’Etat doit financer le fonctionnement et le développement de l’université d’Etat d’Haïti et des écoles supérieures publiques. Leur organisation et leur localisation doivent être envisagées dans une perspective de développement régional (art. 209)». L’argent des travailleurs haïtiens est utilisé de préférence pour alimenter les caisses du FMI : Fonds de la misère, pardon monétaire, internationale. Et l’Haïtien, au lieu d’exiger le développement de sa propre université, préfère se faire saigner à blanc hors de ses frontières. 

Cet exode rural susmentionné, résultat des relations sociales grandonarcho- bourgeoises, ne se fait pas que vers l’extérieur. Il répercute avant tout sur les villes. Cette urbanisation n’étant pas planifiée, les centres urbains se métamorphosent en de vastes bidonvilles. L’une de ses conséquences réside dans cette armée de travailleurs de réserve qui nous vaut notre réputation de «main-d'œuvre bon marché». Cette main-d'œuvre à bon marché est exploitée depuis maintenant un siècle en terre voisine. Les données fournies par le Groupe d’appui aux réfugiés et rapatriés (Garr) font remarquer que 90% de la main-d'œuvre agricole dominicaine est constituée de travailleurs haïtiens (garr-haiti. org). 

Il ne sera pas superflu de rappeler que ce processus a débuté quand, en 1915-1916, les occupants yankees avaient décidé d’installer leurs usines sucrières en République Dominicaine, considérant que la partie Est de l’Île d’Haïti offre de meilleures conditions au développement d’une telle activité. Mais, pour l’entretenir, ils avaient décidé que la main-d'œuvre haïtienne était à la fois plus rentable et moins coûteuse. La fin de l’occupation en 1934 n’a pas mis fin au processus. Durant la deuxième moitié du 20e siècle jusqu’à la chute de la dictature des Duvalier en 1986, l’Etat haïtien s’était engagé par accord écrit avec l’Etat dominicain à lui fournir les travailleurs dont sa bourgeoisie a besoin pour entretenir ses plantations agricoles. Déjà en 1980, l’OIT (Organisation internationale du travail) avait reconnu que la seule expression propre à traduire la situation de ces travailleurs haïtiens en République Dominicaine était celle d’«esclavage moderne». 

Quelques décennies après le grand massacre de 1937, après que les Etats-Unis d’Amérique du Nord ont procédé à la castration de l’économie paysanne en détruisant systématiquement son cheptel porcin, on a vu avec quel dévouement la bourgeoisie haïtienne et ses administrateurs dans l’État avaient reconstruit leur richesse à titre de courtiers dans l’embauchage de travailleurs Haïtiens en direction des plantations de canne à sucre dominicaines. Ils peuvent toujours verser quelques larmes et pas mal de baves du haut de leur état de crocodiles. N’empêchent qu’ils sont les premiers bourreaux à avoir fait voler en éclat la tête de Carlos Merilus. La fin de la dictature en 1986 n’a mis fin qu’officiellement à cet accord. Car les industriels dominicains maintiennent des contrats avec des passeurs qui sont chargés d’aller chercher des Haïtiens dans les montagnes pour les amener sur les plantations de cannes. Ces passeurs sont connus sont le nom de buscones (du verbe espagnol buscar = chercher).

Faut-il rappeler que le trafic d’êtres humains s’est imposé, à côté du trafic de la drogue et des armes, comme le plus rentable à l’heure du patriarcat-capitalisme-racisme globalisant actuel? Le trafic de travailleurs Haïtiens et de travailleuses Haïtiennes est une entreprise sciemment organisée. Il implique au moins : les soldats dominicains chargés de la surveillance de la frontière dominicaine, les propriétaires des usines sucrières et des grandes plantations de cannes-à-sucre, les agents de la migration, et d’autres secteurs non moins importants des deux côtés de la frontière. 

Le travailleur – la travailleuse – est soudoyé par le buscone qui lui fait miroiter monts et merveilles. Ainsi, le buscone réussit à soutirer de l’argent de la part du travailleur- de la travailleuse en échange du passage de la frontière. En réalité, le buscone s’arrange pour abandonner sa proie en pleine route, dans un endroit où il est sûr que celle-ci sera capturée par les gardes frontaliers. Ces derniers, pour autoriser la travailleuse ou le travailleur sans défense et sans papiers à continuer sa route, exigent la satisfaction de tous leurs caprices. 

Le cas de Jeannot Succès, assassiné par les soldats frontaliers dominicains, est très connu. Jeannot Succès, ayant déjà payé au buscone son droit de passage, a refusé de verser de l’argent aux gardes quand il a été capturé. Ces derniers l’ont battu jusqu’à la mort. En hommage à ce travailleur rebelle, un réseau qui travaille sur les droits humains des Haïtiens expulsés de force par l’État dominicain porte le nom Jeannot Succès. Il ne sera peut-être pas superflu non plus de mentionner que chaque année, selon les données du Garr, au moins 20’000 Haïtiens sont rapatriés de force vers Haïti par l’Etat Dominicain. Ce rapatriement se fait généralement au moment du payroll (de la paie). Les capitalistes dominicains, non contents d’exploiter pour une pitance la main-d'œuvre haïtienne, utilise d’autres subterfuges pour ne rien payer. Ainsi, à l’heure de payer, ils appellent la police à laquelle ils feignent de dénoncer la présence d’illégaux dans tel ou tel endroit. Et la police de capturer toute personne de peau noire rencontrée sur les lieux. 

Inutile de dire que des travailleurs dominicains sont aussi victimes de cette chasse organisée sur la base de la couleur de la peau. Celle-ci ne se pratique pas uniquement sur les lieux de travail. Les personnes sont souvent capturées dans leur domicile même, à n’importe quelle heure du jour...ou de la nuit. Et déportées, sans préavis, vers Haïti. Beaucoup d’entre elles, arrivées en Haïti ne savent pas où aller, puisqu’elles ne sont pas nées en Haïti et n’y sont jamais venues auparavant. 

Quelques considérations sur l’actualité 
Actuellement, il existe en Haïti une vaste main-d'œuvre qui ne demande qu’à être exploitée. Paradoxe! Le problème est qu’à l’image de toutes les sociétés capitalistes, le capitalisme haïtien aussi n’est même pas en mesure d’exploiter directement l’ensemble des travailleurs. Comme on le sait, cela ne dégrade pas que les conditions de vie des sans-emploi. Les conditions de survie des salariés aussi sont rythmées par une précarisation des plus effroyables. Il suffit de remarquer que le prix d’une journée de travail ouvrier jusqu’à ce mois de mai est de 70 gourdes (1 dollar = 41 gourdes). En 1986, il était de 3 dollars.
Depuis mars 2007, un député [Steven Benoit, Pétion-Ville, ind.] avait pris l’initiative d’introduire par-devant ses collègues une proposition de loi en vue d’ajuster le salaire minimum. Il y a seulement une semaine, le 5 mai 2209, cette proposition a été adoptée par vote, ajustant ainsi le salaire minimum à 200 gourdes (c’est-à-dire moins de 4 euros; 1 euro=53.50 gourdes). 

Inutile de dire que ces 26 mois ont été employés par les organisations patronales pour exercer leur pression à la fois sur le législatif et l’exécutif afin de bloquer ce vote. De sorte que les organisations des travailleurs attendent encore avec vigilance que le président de la République ordonne (puisque c’est à lui qu’incombe cette obligation) la promulgation de ladite loi au journal officiel. Mais, déjà, des patrons font menace sur leurs ouvriers pour que ces derniers acceptent de recevoir seulement 160 gourdes.
Il y a donc lieu de remarquer que quand le travailleur haïtien va se faire trancher la tête en République dominicaine, il ne fait que choisir entre deux morts brutales. Car, en 2009, on ne connaît aucun pays où un père ou une mère de famille peut répondre aux besoins des siens avec 3,73 euros (4,87 dollars). Dans ce cas, le travailleur sait déjà que le patronat haïtien n’offre que la mort. Tandis que, mal informés, il imagine que l’herbe pourrait être verte du côté de l’enclos voisin. Aussi n’hésite-t-il pas à migrer, sans papiers, vers la République Dominicaine, où, comme on vient de le voir, il ne jouira d’aucun droit.

L’assassinat crapuleux de Carlos Merilus n’a servi que la cause de l’Etat dominicain. Son ambassadeur en Haïti devient une vedette dans la presse haïtienne. Il est l’invité d’émissions radiophoniques à émissions. Il prononce même une conférence de presse au Ministère haïtien des Affaires étrangères. Des positions diplomatiques de condamnation. Mais des deux côtés, les deux États n’iront pas plus loin.
René Préval lui-même (président entré en fonction en mai 2006) est, on ne peut plus clair là-dessus: il n’y a pas de violation des droits humains d'Haïtiens en République dominicaine. On n’a pas manqué de se plaindre de cette déclaration du chef de l’état qualifié d’irresponsable.

Mais il paraît que personne n’a encore relevé le vrai sens de la déclaration du président haïtien: les Haïtiens qui sont assassinés en République Dominicaine n’ont pas de droits. D’ailleurs, la plupart n’ont même pas un certificat de naissance. On ne peut pas se faire voler ce qu’on n’a pas. Le gouvernement dominicain, moins cynique que l’actuel gouvernement haïtien, a rapidement promis justice pour le crime de Carlos Merilus. L’unique justice que nous autres, travailleurs, pouvons espérer est la nôtre, celle qui détruira le capitalisme. Tant que nous n’aurons pas construit cette victoire révolutionnaire qui mettra fin à la domination-exploitation du patriarcat-racisme-capitalisme partout où elle s’établit, nous continuerons d’être humiliés pour des temps encore plus longs. 

Par Franck Séguy, Sociologue haïtien (13 mai 2009)
Regardez cette vidéo de Yole Dérose sur la question des batey

Saturday, August 29, 2009

IMMIGRATION/ETATS-UNIS/HAITI La réforme de l’immigration fixée à 2010

Les illégaux haïtiens s’impatientent et s’inquiètent


Ils se sont mobilisés dans plusieurs villes des États-Unis récemment. En avril dernier, la déclaration de la Secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, lors de sa première visite en Haïti, les avait reconfortés. Quatre mois après, la trentaine de milliers de sans-papiers* haïtiens vivant aux États-Unis sont dans l’attente d’une nouvelle loi / de la réforme sur l’immigration et s’inquiètent d’une éventuelle déportation. Mais à quand cette fameuse réforme sur l’immigration ?


La semaine écoulée, la Secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis a dirigé une importante réunion –la deuxième de ce genre en six mois – autour du thème « Comprehensive Immigration Reform (la réforme compréhensive de l’immigration). Janet Napolitano, 57 ans, a été rejoint par 130 personnalités, entre autres, sénateurs, membres de la chambre des représentanst, leaders du mouvement pour la réforme de l’immigration, activistes des droits des illégaux et membres du gouvernement. C’était pour elle et pour le président Obama – qui a fait une courte apparition – l’occasion de réaffirmer leur volonté de traiter la question avec rigueur.

Cette rencontre, fermée aux journalistes, a lieu suite aux recommandations du 44è président des États-Unis. Jugeant nécessaire de trouver un moyen pour régulariser les personnes sans-papiers vivant aux États-Unis, Barack Obama a annoncé que la secrétaire à la Sécurité intérieure allait constituer un groupe de travail avec les leaders du Congrès afin de concocter une proposition concrète visant à sécuriser les frontières américaines et à « reconnaître et régulariser le statut des sans-papiers ».

Coincé depuis environ trois semaines consécutives dans un débat houleux sur la réforme du système de santé, le président Obama est de plus en plus incertain quant à l’adoption d’une nouvelle loi sur l’immigration à la fin de cette année et joue la carte de la prudence. « Aujourd’hui, j’en ai beaucoup dans mon assiette, a-t-il déclaraé lors du sommet de Mexico. C’est très important d’ordonner ces grandes initiatives afin qu’elles n’échouent pas en même temps ».

La réforme aura lieu en 2010

« Pour ne pas être trop ambitieux, a précisé le président américain, la réforme doit attendre 2010. Malgré cela, elle connaitra un sérieux test politique». Rappelons qu’en avril dernier, Barack Obama avait promis que la réforme de l’immigration sera adoptée à la fin de 2009, après deux échecs en 2006 et 2007, sous l’administration de son prédecesseur George W. Bush.

Sur le cas précis d’Haïti, Obama a indiqué que ce problème doit être réglé par une réforme globale de la loi sur l'immigration. « Mon administration entend continuer avec le processus de révision de la politique américaine sur la déportation des sans-papiers haïtiens ... [car] un afflux soudain de gens déportés de la Floride vers Haïti pourrait représenter un problème humanitaire potentiel».

Ainsi, si la réforme de l’immigration est adoptée au début de 2010, au lieu d’être éligible pour le TPS comme les Honduriens, les Nicaragueyens, les Salvadoriens, les Soudanais et les Somaliens, il se pourrait que les sans-papiers haïtiens aient accès automatiquement à la carte de résidence permanente. Pour l’instant, l’administration d’Obama n’a encore fait état d’aucun plan, ni de stratégie.

« Mobilisons-nous »

Ici au sud de la Floride, les émissions relatives au débat sur le TPS abondent. Marathons, maifestations, réunions communautaire, porte-à-porte, spots radiophonique... autant d’initiative entreprises par des organisations communauatires haïtiennes depuis la montée au pouvoir du président Barack Obama pour l’obtention du statut de protégé temporaire {en anglais, Temporary Protected Status (TPS).

Suite aux déclarations du président américain, les illégaux haïtiens disent s’inquiéter et jugent important de continuer la mobilisation pour contrecarrer les mesures de déportation des illégaux et obtenir le TPS.

Le 30 juillet dernier, consacré « Haitian Lobbying Day », l'association des Haïtiens unis aux États-Unis (United Haitian association of USA Inc.) a été reçue au Congrès américain à propos du dossier de l’immigration alors que parallèlement, des centaines d’autres compatriotes venus de nul part ont gagné les rues de Washington pour déclarer leur ras-le-bol quant à la politique discriminatoire appliquée à l’endroit des Haïtiens.

En avril, lors d’une visite de quelques heures en Haïti, Mme Clinton avait souligné qu’une certaine catégorie d’illégaux haïtiens, admis sur le sol américain avant la montée officielle du nouveau gouvernement, obtiendra probablement le Statut de résident temporaire (TPS en anglais) ». Plus récemment, le mari de la Secrétaire d’État, l’ex-président Clinton, a invité les Haïtiens de la diaspora à continuer à faire pression afin d’obtenir le TPS en faveur des illégaux.

« Vous devez continuer à mettre la pression, mais non de façon hostile », a conseillé l’envoyé spécial du Secrétaire général des Nations-Unies en Haïti, précisant qu’environ 200 pays [soit 12 millions d’immigrés illégaux, en majorité des latinos] attendent une décision similaire des autorités américaines.


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* Selon la loi américaine, est considérée illégale, toute personne qui est entrée aux USA, soit sans autorisation, sans documents légaux, ou qui a violé les termes de son séjour, ou alors qui a outrepassé son visa de séjour (excéder le droit de séjour permis par le visa). Tout individu qui se trouve dans l’un ou l’autre de ces cas est un sans-document / sans-papiers. La loi prévoit alors une procédure de déportation et d’interdiction future de séjour avec d’autres peines et conséquences.

Thursday, July 30, 2009

L’émigration haïtienne : une hémorragie humaine


Essai sur l’Antihaïtianisme Caribo/Nord-Américain (partie 2)


De la « Perle des Antilles » pendant la colonisation, Haïti est passée à l’état de pierre morte, nation cadavérique à laquelle il ne reste que les vestiges d’une période de grandeur. Entre un gouvernement en constant remaniement et des interventions extérieures répétées, le pays perd pied. Son économie est à la dérive et le peuple se vide de ses forces brutes.


Haïti est une île qui a perdu de sa superbe en quelques décennies, aujourd’hui elle paie encore le prix de son audace face aux grandes puissances sous le joug desquelles elle survie. En un siècle, le pays s’est fortement dégradé. De la « Perle des Antilles » pendant la colonisation, elle est passée à l’état de pierre morte, nation cadavérique à laquelle il ne reste que les vestiges d’une période de grandeur. Entre un gouvernement en constant remaniement et des interventions extérieures répétées, le pays perd pied. Son économie est à la dérive et le peuple se vide de ses forces brutes. Dans un rapport à Dominique de Villepin, Ministre des Affaires Etrangères, Régis Debray écrit à propos d’Haïti :Le pays est ruiné.


Le PIB décroît d’année en année (même si les experts ne prennent pas en compte le trafic de stupéfiants). 70% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. La gourde se déprécie de plus en plus et l’inflation dépasse 40% en 2003. La dette publique atteint des niveaux qui font craindre une banqueroute de l’Etat, alors que, par le passé, le pays avait toujours honoré sa signature. Plus d’autosuffisance alimentaire et les exportations ne couvrent que 30% environ des importations. L’économie du pays fonctionne encore grâce aux dons, à l’assistance des nombreuses ONG et aux transferts de la diaspora qui, à eux seuls, représentent 18% du PIB (Debray, 2004 :46-47)


Il confirme la responsabilité des politiques haïtiens dans la dérive du pays : « La situation économique est tout à la fois une conséquence et une cause de l’impéritie des gouvernements, plus particulièrement au cours des cinquante dernières années. Et cette situation est aussi la cause de la persistance de gouvernements satrapesques et prédateurs » (Debray, 2004 : 47).


La France s’accorde sur la responsabilisation des gouvernants haïtiens dans la faillite du pays. Les kleptocraties haïtiennes ont permis l’enrichissement de quelques présidents. Même celui qui devait apporter un changement radical au pitit peizan a sombré dans les mêmes excès : répressions, pillages et ponctions des caisses de l’Etat. Haïti est un pays exsangue. Le peuple a fui, à grands brassages, une patrie qui pourtant lui est chère. D’aucuns pensent que les Haïtiens viennent envahir leur île. C’est un discours récurrent dans les îles de la Caraïbe, et en Floride, excepté au Québec, où la communauté haïtienne jouit d’une image beaucoup plus reluisante.


En effet, le phénomène « Boat People » ne touche pas le Canada où les Haïtiens arrivent majoritairement par voie aérienne – ou terrestre sans doute – compte tenu de la situation intracontinentale de ce pays. Avant de revenir au phénomène « Boat People » lui-même, il faut comprendre les raisons de cette migration. Face à l’incompréhension et aux préjugés, il semble indispensable d’expliquer pourquoi les Haïtiens laissent le pays – comme ils aiment à le dire – et pourquoi l’ailleurs paraît plus attractif.


Les flux migratoires obéissent à des lois. C’est-à-dire qu’un flux n’est pas auto-généré ex nihilo, sans raison initiale. Des centaines voire des milliers de personnes ne peuvent se déplacer d’un point à un autre, sans qu’il n’y ait un déclencheur, un événement qui les exhorte à l’exode. Comme les guerres civiles poussent les réfugiés à quitter leur terre et à s’installer dans des camps aux frontières des pays limitrophes, comme les paysans quittent leur campagne pour s’amasser dans les villes ou dans la capitale pour faire face à la famine, les flux en provenance d’Haïti sont motivés par des facteurs répulsifs.


La théorie des « Push and Pull » ; il y a donc des facteurs répulsifs et des facteurs attractifs à tous flux migratoires. Ce sont ces facteurs qui seront exposés ici pour démontrer le bien-fondé de l’émigration haïtienne. L’immigration en provenance d’Haïti est stimulée par le contexte sociopolitique du pays. Les effets collatéraux de la répression ou de la dictature elle-même, la privation de ses libertés fondamentales, poussent le peuple à quitter l’île de Saint-Domingue pour une destination plus accueillante. Ainsi, la période migratoire contemporaine s’étend des années 1950 à nos jours avec trois pics majeurs. Nous ne traiterons que de la période contemporaine (20ème siècle), même si des flux Haïti/Etats-Unis existaient déjà pendant la période esclavagiste.


Laguerre écrit à ce sujet : « Selon ce qui est traditionnellement dit, entre 1791 et 1803, un large groupe de réfugiés fuyant le tumulte de la révolution haïtienne ont trouvé asile à New York, Philadelphie, Baltimore, Norfolk, Savannah, Charleston et à la Nouvelle-Orléans » (Laguerre, 1998 : 2) [1] . Durant tout ce 20ème siècle, la migration entre Haïti et les Etats-Unis, entre Haïti et l’ailleurs, ne s’est jamais tarie. Comme le souligne encore Laguerre (1998), « il y a eu un flux d’immigration haïtienne vers les Etats-Unis avec des périodes intenses, faibles et latentes [2] ».


L’immigration haïtienne est donc continue mais pas constante. Elle connaît des périodes plus intenses, plus brûlantes que d’autres. Aussi est-il plus essentiel de nous concentrer sur ces phases de migration galopante. On peut constater que les poussées de population vers l’extérieur sont le signe d’un malaise social à l’intérieur du pays d’origine. Il est quasi possible d’en faire une loi généralisable à tous ces phénomènes d’exodes massifs. Ces déplacements massifs de population sont le symptôme de malaises sociaux ou sociopolitiques majeurs. Selon cette logique, une nomenclature de la migration haïtienne peut être analysée et découpée selon deux aspects : premièrement, le type de migrant, et par extension le type de statut du migrant, et deuxièmement, les trois pics migratoires majeurs de ces cinquante dernières années.


Le premier pic se produit pendant l’occupation américaine (1915-1934). En effet, nombreux sont les intellectuels qui quittent le pays, en désaccord avec l’occupation américaine et le système « à la Jim Crow » (Pamphile, 2001) qui y est instauré. Ils sont également soucieux de la main mise américaine sur les appareils étatiques et financiers de la nation haïtienne. Le pouvoir et le savoir – les Américains remodèlent le système scolaire vers une favorisation des formations manuelles et agricoles (Joint, 2001) – sont confisqués aux dirigeants haïtiens, mis sous tutelle et déclarés inaptes à se gouverner eux-mêmes. Ces migrants se dirigent essentiellement vers l’Amérique du Nord (Canada et Etats-Unis). Le second pic concerne la période Duvaliériste (1957-1986).


Evidemment le flux ne connaît pas la même intensité pendant toute cette période. Il se subdivise en deux phases : l’une pendant le gouvernement de François « Papa Doc » Duvalier où le gros des intellectuels se pressent hors du territoire pour gagner l’Afrique et le Canada – où l’on recrutait des enseignants de langue française – mais aussi vers les Etats-Unis. Les idées et les cercles de pensée étant réprimés par la dictature, les intellectuels (écrivains, philosophes, avocats ou enseignants), persécutés ou emprisonnés à tort et, laissent le pays pour fuir les persécutions, persuadés qu’ils reviendront une fois le renversement de Duvalier. Ils organisent même un front anti-duvaliériste à l’étranger.


L’autre se situe pendant la seconde phase du Duvaliérisme – le Jean-Claudisme – où la population migrante voit sa nature évoluer : les paysans et les ouvriers s’engouffrent à leur tour dans le processus. Le facteur répulsif ne tient plus seulement à la dictature en place mais au marasme économique dans lequel le peuple est englué à cause de la crise provoquée par la gestion maladroite d’un président trop jeune, mal avisé et avide de richesse. L’agriculture périclite – l’intervention américaine y a aussi contribué en opérant des mutations dans les productions agricoles, notamment l’annihilation du cochon noir d’Haïti – et les zones rurales sont purgées de leurs bras. Des exodes massifs vers Port-au-Prince et une bidonvilisation de la capitale en sont la résultante.


Le troisième et dernier – et non moindre – pic se produit sous les mandatures de Jean-Bertrand Aristide : c’est la période « aristidienne-lavalassienne » qui se subdivise également en deux phases. Aristide, perçu comme le sauveur de la Nation, une migration inverse, notamment en provenance des Etats-Unis, se répercute plus tard sur un flux qui s’externalise de nouveau lorsqu’un coup d’Etat est perpétré contre Aristide, quelques mois après son élection, en 1991. Donc, de 1991 à 1994, les partisans aristidiens quittent le pays pour aller principalement vers les Etats-Unis (Miami, New York, Boston).


La seconde phase : Aristide, réintégré dans ses fonctions sous l’égide de l’ONU, en 1994, mène le pays d’une main de fer. Une milice armée, défendant les intérêts du Président Aristide, les Chimères, sèment le trouble dans le pays en opprimant le peuple. De 1994 à 2000, c’est le plus fort pic de l’histoire migratoire haïtienne. Les hommes qui quittent le pays sont également, principalement, des paysans, souvent peu instruits ou analphabètes. Car dès la seconde phase du Duvaliérisme, les migrants sont principalement des personnes désargentées. Le gros de la migration concerne les couches les plus pauvres et le phénomène « Boat People » voit le jour.


En somme, la nation haïtienne est progressivement – par saignées successives – vidée de ses énergies, de sa force vitale, le peuple lui-même. La migration n’est pas le simple fait du rayonnement de l’ailleurs. Ils ne quittaient pas leur pays simplement parce qu’attirés par la prospérité des puissances occidentales toutes proches, mais aussi à cause des troubles intérieurs inhérents à toutes les dictatures : répressions, famines, impunité, anarchie.


De cette hémorragie de population découle la diasporisation du peuple haïtien ; il y a un essaimage des migrants le long du littoral caribo-américain (cf. figure 1. « Les flux migratoires en provenance d’Haïti, de 1960 à nos jours ») de l’Amérique centrale à l’Amérique du Nord, en passant par l’Amérique insulaire. Les flux s’organisent des campagnes vers les villes ou la capitale, puis vers l’étranger : en République Dominicaine depuis les années 1920 lorsque les Haïtiens s’y engageaient pour couper la canne et étaient parqués dans les « bateyes » (Lemoine, 1981). Mais aussi vers les îles de Cuba (années 1930), des Bahamas (entre 1960 et 1975) ou les Antilles françaises depuis les années 1970.


Aujourd’hui, ils ont pour destination principale les Etats-Unis où se trouvent, d’ailleurs, les foyers d’implantation les plus importants, Miami et New York étant respectivement les deuxième et troisième villes haïtiennes dans le monde, après Port-au-Prince (cf. Figure 2, « Foyers d’implantation haïtiens dans le bassin caribo-américain »).


Enfin, pour conclure, on constate que cette hémorragie humaine donne lieu donc à une migration exponentielle ; chaque flux étant numériquement supérieur au précédent ; et à deux types de migration : celle des intellectuels qui correspond majoritairement à une migration légale par voie aérienne (Boeing People) et une migration illégale par voie maritime (Boat People). L’immigration haïtienne, s’intensifiant au cours de ces cinquante années va représenter, avec le temps et sa densification, un problème majeur pour certains gouvernements de pays qui voient leurs littoraux « assaillis » par les embarcations de fortune.



Stéphanie Melyon-ReinetteArticle ensitoilé le 10 mars 2009




[1] Traduit de : “According to the traditional wisdom, between the 1791 and 1803 a large group of refugees fleeing the turmoil of the Haitian revolution sought asylum in New York, Philadelphia, Baltimore, Norfolk, Savannah, Charleston and New Orleans” (Laguerre, 1998:2).


[2] Traduit de : “there has been an uninterrupted stream of Haitian immigration into the United States with high, low, and dormant periods” (Laguerre, 1998:2).

Wednesday, May 27, 2009

Commission Mixte binationale / Propos de la première ministre Michèle Pierre-Louis: [Notre conscience interpellée, notre humanité questionnée]

Nous invitons nos lecteurs à lire les propos de Mme Pierre-Louis, le 21 mai 2009, à l’occasion de l’investiture au ministère des affaires étrangères de la partie nationale de la Commission mixte haitiano-dominicaine. Elle a dit des choses en appelant à la fin des abus contre les concitoyens et concitoyennes haïtiens. Espérons que les exécutants seront en mesure de les appliquer ou d'arriver à un accord avec la partie dominicaine.


(…)
Je ne saurais procéder ce matin à l’ouverture des travaux de la première réunion de la Partie Haïtienne de la Commission Mixte Haitiano-Dominicaine sans évoquer d’entrée de jeu les problèmes qui se posent depuis quelques semaines de part et d’autre de la frontière et qui méritent une attention particulière.

S’il est vrai que le rôle de la Commission Mixte est de prendre en compte les questions d’Etat entre les deux pays qui se partagent l’île et de les porter à un niveau de dialogue et de compréhension réciproque, les évènements récents demeurent encore l’expression de sentiments complexes et des comportements qui en découlent, qui ont marqué et marquent encore les relations entre les 2 pays.

Les agressions répétées, les assassinats gratuits, les harcèlements, les rapatriements intempestifs, les incidents frontaliers dont sont victimes nos concitoyens et concitoyennes interpellent notre conscience et questionnent notre humanité. Cela n’a que trop duré. C’est pourquoi j’ai le ferme espoir qu’en abordant avec sérénité les multiples aspects de nos relations avec nos voisins qui seront traités au sein de la partie haïtienne de la Commission Mixte, et en souhaitant que la partie dominicaine en fasse autant, nous pourrons ensemble assainir le climat et nous engager dans un nouveau paradigme de coopération.

Sachant que je devais procéder au lancement des travaux de la Partie Haïtienne, mon intérêt pour l’histoire m’a portée à revisiter le Dr. Jean Price-Mars qui dans son importante étude « La République d’Haïti et la République Dominicaine – Les aspects divers d’un problème d’histoire, de géographie et d’ethnologie », avait fait le constat suivant : « Dans la différence des origines démographiques de l’une et de l’autre colonie – différence de degrés et non d’espèces – est incluse l’une des données essentielles du problème dont se coloreront les relations haitiano-dominicaines quand dans la genèse des siècles naîtront plus tard les deux entités nationales qui se partageront la domination des terres dont jadis s’enorgueillirent les Couronnes d’Espagne et de France. »

Et plus loin :
« L’Histoire dira la cruauté des éléments humains dans le brassage des contacts multiséculaires – malgré les reniements de style que démentent le miroir brisé des amalgames somatiques, la bigarrure indéfinie des nuances et l’instabilité déconcertante des formes.
… Dans le processus des événements apparaîtra en dernière analyse, le spectre grimaçant d’une perspective de destruction de l’une ou l’autre nationalité par l’une ou l’autre communauté dans la fascination des doctrines de supériorité de races, de classes ou de culture. »

C’était en 1953. Le Dr. Price-Mars avait laissé son poste à la Direction du Ministère des Relations Extérieures de l’époque en 1946, pour aller inaugurer la nouvelle Mission haïtienne transformée en Ambassade Extraordinaire à Ciudad Trujillo. Il resta deux ans à la tête de cette Mission et c’est au cours de ce séjour qu’il commença à amasser les documents qui lui serviront plus tard à écrire son livre. Ses constats sont sans appel, mais ils restent liés à un moment historique précis. Aujourd’hui, 56 ans plus tard où en sommes-nous ?

Faut-il rappeler que les relations avec la République Dominicaine sont parmi les plus anciennes de l’histoire diplomatique d’Haïti ? Et malgré les soubresauts qui la caractérisent et les traces douloureuses laissées par l’histoire dont Price-Mars nous rappelle l’origine, un certain nombre d’accords récents ont été des tentatives de rapprochement et de coopération.


Rappelons en passant l’Accord de coopération signé entre les 2 Etats en mai 1979 et plus récemment encore la décision prise par les Présidents Préval et Balaguer de créer en 1996 la Commission Mixte Haitiano-Dominicaine comme instrument susceptible d’instituer le dialogue et le respect mutuel dans les relations de coopération. Cette commission a tenu 4 réunions alternativement à Santo Domingo et à Port-au-Prince et 10 thèmes d’intérêt réciproque ont été abordés parmi lesquels le commerce et l’investissement, la sécurité, le tourisme et bien sûr les questions migratoires et frontalières.

La dernière session s’est tenue en octobre 1999 à Santo Domingo, et depuis les consultations intergouvernementales ont été suspendues. Je salue donc l’initiative du Président Préval de relancer les travaux de la Commission Mixte que nous inaugurons aujourd’hui, et je me réjouis de la composition de la partie haïtienne qui rassemble, aux côtés des Ministres et hauts fonctionnaires de l’Etat, des représentants du secteur privé, de la société civile et du secteur syndical.

Je proposerais, en accord avec le Ministre des Affaires Etrangères et tous les membres de la Partie Haïtienne, que nos travaux commencent par faire le bilan de la coopération haitiano-dominicaine dans ses aspects protéiformes, et de définir par la suite un plan, un calendrier et des modalités de travail pour les mois à venir que nous proposerons à la Partie Dominicaine, en tenant compte des préoccupations de l’heure. Je souhaite que nous parvenions à dépasser les pronostics pessimistes du Dr. Price-Mars et que les deux Etats, au plus haut niveau, montrent que l’entente qui existe actuellement entre les deux chefs d’Etat se répande dans les deux sociétés, effaçant les scories qui habitent encore un certain imaginaire imprégné de barbaries coloniales.

Je cite souvent le Président Mandela que j’ai écouté dire un jour alors que je visitais l’Afrique du Sud en 1996, « nous n’avons pas le droit d’oublier le passé, mais nous avons le devoir de le transcender. »

Il nous faut élever le débat et aborder avec sérieux, dans le respect mutuel, les problèmes auxquels font face les deux Etats dans leurs relations de part et d’autre de l’île, de manière à relever les défis et à définir un avenir meilleur et harmonieux pour les deux peuples.

L’urgente nécessité d’aborder le dossier migratoire

La question migratoire est désormais incontournable si l'on veut que notre dignité de peuple soit respectée. Trop d'assassinat, d'abus, de meurtre et d'agression ont été repertoriés contre nos compatriotes vivant (illégalement ou non) en Répubique dominicaine. Grâce au Garr on a pu trouver une synthèse de la première réunion de la Partie haïtienne de la Commission mixte haïtiano-dominicaine. Nous voulons croire que de sérieuses discussions auront lieu entre les différents acteurs composant la partie haïtienne avant toute réunion avec la partie dominicaine.

Le 21 mai 2009, la Première Ministre Michèle Duvivier Pierre Louis a présidé la première rencontre de la partie haïtienne de la Commission Mixte haïtiano-dominicaine et a cité une dizaine de thèmes de travail prioritaires pour la Commission dont la migration.

A cette occasion, la Première Ministre a évoqué les récents incidents violents enregistrés contre la communauté haïtienne en République Dominicaine : « les agressions répétées, les assassinats gratuits, les rapatriements intempestifs, les incidents frontaliers dont sont victimes nos concitoyens et concitoyennes interpellent notre conscience et questionnent notre humanité ; cela n’a que trop duré ».

Dans cet ordre d’idées, la cheffe de gouvernement nourrit « le ferme espoir qu’en abordant avec sérénité, [avec nos voisins], les multiples aspects de nos relations qui seront traités au sein de la partie haïtienne de la Commission Mixte et en souhaitant que la partie dominicaine en fasse autant, nous pourrons ensemble assainir le climat et nous engager dans un nouveau paradigme de coopération ».

Le 18 février 2009, le président René Préval a publié un arrêté consacrant la réactivation de la Commission Mixte et fixant la composition de la Partie haïtienne en rappelant que son mandat est de procéder, conjointement avec la Partie dominicaine à une revue régulière de la coopération entre les deux pays et « de recommander aux deux gouvernements les mesures à adopter et à mettre en œuvre en vue d’améliorer et de renforcer la coopération entre les deux Etats notamment dans les domaines du commerce, de l’agriculture, de l’environnement, de l’éducation, de la culture, de la santé, du tourisme, de la migration, des sports, de la sécurité publique et des droits humains… »

Des changements ont été apportés à la composition de la partie haïtienne au sein de la Commission qui passe de 10 à 26 entités et dont la présidence est désormais assurée par la Primature en lieu et place du Ministère des Affaires Etrangères.

La migration , un dossier incontournable

La Commission mixte, créée en 1996, à l’initiative des présidents René Préval et Joaquin Balaguer a tenu 4 réunions alternativement à Santo Domingo et à Port-au-Prince. Les accords de décembre 1999 sur les conditions de rapatriements et de février 2000 sur les conditions de recrutement et d’établissement des contrats résultent des travaux de cette commission touchant à la migration. Ces accords, dans l’ensemble, n’ont pas été appliqués ou respectés par aucune des deux parties.

La dernière session de la Commission s’était tenue en octobre 1999 à Santo Domingo et depuis les consultations inter-gouvernementales avaient été suspendues.
En 2001, 5 ans après la création de la Commission Mixte, l’ex-ambassadeur d’Haïti à Santo Domingo, Guy Alexandre, avait mentionné dans une publication que « la Commission n’a guère pu faire avancer le dossier de la migration ».

Force est de constater que le dossier de la migration ne reçoit pas encore toute l’attention qu’il mérite et lors même des rencontres officielles, les autorités des deux pays esquivent ce point essentiel et sensible des relations haïtiano-dominicaines.

Pourtant, en Haïti comme en République Dominicaine, des voix ne cessent de s’élever pour réclamer des dirigeants des deux Etats une gestion responsable de la migration et la dynamisation effective de cet espace de dialogue qu’offre la Commission mixte bilatérale.

Tuesday, May 26, 2009

Imigrasyon/Ayiti /Etazini/Imigre Ayisyen yo kontinye mobilize pou TPS la


Depi aprè Sekretè dEta ameriken an, Hillary Clinton, pandan yon vizit an Ayiti te deklare ke gouvènman ameriken an ap etidye posibilite pou bay konpatriyòt ayisyen yo, ki te rantre nan peyi Etazini avan ke prezidan Obama te monte sou pouvwa a (20 janvye 2009), TPS la ( sa vle di estati moun ki pwoteje pou yon bout tan sou teritwa ameriken an) okenn desizyon oubyen kominike poko soti bò Washington.




Aktivis ayisyen ak kèk palemantè ameriken ki pa janm bouke defann dwa imigre ayisyen yo kontinye ap egzije TPS la. Aprè plizyè mobilizasyon nan lari New York ak Miami, jounen jodi a se gwo mobilizasyon kap fèt nan West Palm Beach kote tout moun mete men pou yon gwo manifestasyon devan kongrè ameriken an, nan Washington. Depi kèk jou, plizyè asosiyasyon ak sitwayen ap patisipe nan yon gwo maraton pou lwe bis pou ale ak plizyè santèn moun nan kapital federal la.

Pou yo, se ap "yon gwo ouvèti pou plis aktivis, politisyen ak lòt gwoup kap lite nan domèn imigrasyon an rive sansibilize sou kesyon TPS la pou ayisyen yo. Men tou, se ap plis presyon sou administrasyon Obama a".

Aktivis yo jwenn anpil sipò bò kote medya tankou NY Times, New York Daily News, Washington Post ak CNN pou nou site sila yo sèlman; Genyen tou kèk gòganizasyon tankou US Conference of Catholic Bishops, the NAACP, the National Immigration Forum ak yon pakèt lòt kowalisyon nan kesyon imigrasyon. Epi tou, genyen 40 lòt palemantè ki rive siyen pwopozisyon lwa TPS pou ayisyen ke reprezantan Alcee Hastings (Demokrat-Florida) te soumèt ak paleman ameriken an.

Nap raple ke jou ki te 16 fevriye 2009 la, otorite imigrasyon (U.S. Immigration and Customs Enforcement) nan Etazini te pran desizyon pou repedale ak pwosesis depòtasyon yo nan peyi a. Genyen 30, 299 imigre ayisyen ki anba pwosesis sa a, san konte 598 ki nan prizon ak 243 ke yap siveye nan kay yo.




Miami-Dade leve kanpe

Nan Miami, prezidan Dennis C. Moss ak Komisyone yo nan Konte a mande Prezidan Obama pou li bay imigran Ayisyen yo estati pwoteksyon tanporè a. Yon jou avan fèt drapo ayisyen an, jou 17 mas la, Dennis C. Moss ak tout Komisyon Konte an okonplè te adrese yon lèt a Prezidan Barack Obama, ki mande li "aji kounyeya pou bay tretman jis ak ekitab a tout imigran yo nan kominote nou an."

Nan lèt sa a, ofisyèl yo nan Konte Miami-Dade raple prezidan an ke yo te angaje yo anpil nan ede zile a konbat plizyè kriz an 2008. Te genyen manifestasyon an Ayiti nan mwa davril ane dènyè lè pri manje an te monte mondyalman, sa ki te fè anpil moun sou zile a rete san manje pandan plizyè jou. Pi devan nan mwa dete yo, Ayiti pran frap nan men kat gwo siklòn. De santèn moun te mouri, ak de milye te rete sanzabri apre tanpèt yo. Fwaye yo, enfrastrikti, ak danre yo te detwi tou.

"Nan eta mwen wè moun yo ap viv an Ayiti an mwen kapab dekri ke yo nan povrete absoli ", Prezidan Moss tap esplike. "Genyen Ayisyen kap viv san okenn twati anlè tèt yo, san elektrisite, san dlo dlo potab, epi yo tonbe nan manje labou pou yo siviv. Komisyon Konte an pa kapab an tout konsyans kite imigran Ayisyen ki deja nan kominote nou an retounen nan kondisyon mizè sa yo. Genyen yon vrè bezwen pou yo bay Ayisyen yo yon azil [ki pwoteje yo pou yon moman] epi mwen swete ke Prezidan Obama vrèman konprann obligasyon sa a."

Bò kote pal, reveran Doktè Harold Vieux, prezidan Asanble Relasyon Kominotè Konte Miami-Dade fè konnen: "Li deja byen klè ke pa genyen ase enfrastrikti ak resous andedan Ayiti menm ki pou sipòte yon gwo kantite depòte dèzetaziniNi de moun ki an Ayiti ki yo menm pa kapab tann pou yo jwenn chans pou yo mete vi yo an danje sou travèse lanmè danjere".

"Ayiti devaste kidonk li vreman imoral pou fòse moun ki deja nan kominote sa a retounen pou ale viv nan kondisyon sa yo. Lè peyi Etazini te bay Ayisyen yo amnesti nan ane ki pase yo, pat janm genyen okenn gwo egzòd pèp ki te kite zile a. Moun riske vi yo lè yo pèdi tout espwa. Bay TPS la ak refijye ki aktyèlman Ozetazini, sa va yon sous de gwo èd ak konfò a pèp Ayisyen an," pawòl Rev. Dr. Vieux.

Monday, April 27, 2009

ÉTATS-UNIS/ IMMIGRATION / « TPS for Haiti » : Obama répondra-t-il positivement?







3 avril. 17 heures d’horloge. À West Palm Beach, au nord de Miami, des milliers de compatriotes haïtiens brandissent des pancartes frappées de slogans relatifs à l’octroi du Temporary Protected Status (TPS) [litt. Statut de protection temporaire] aux illégaux haïtiens. Leur souhait, c’est que l’administration d’Obama signe le «Haitian Protection Act of 2009 ».

« Barack Obama n’a pas le choix. Il doit nous accorder le TPS ». Super-motivés, dans les rues du centre-ville de West Palm Beach, durant cinq heures, des milliers de compatriotes ont crié leur ras-le-bol face à la « discrimination » de Washington vis-à-vis des ressortissants haïtiens. Comme pour les citoyens de nombreux autres pays (Honduras, El Salvador, Nicaragua…), ils estiment que les citoyens haïtiens ont aussi droit au TPS en raison de la situation socio-économique fragile et de l’instabilité politique en Haïti.
Rencontré dans un train en direction de West Palm Beach, Marlone, un chauffeur de taxi, juge que les catastrophes naturelles et l’insécurité sont des raisons évidentes pour que les États-Unis « nous » accordent le TPS. « De 2004 à nos jours, explique notre interlocuteur, le pays a connu presqu’une dizaine de catastrophes naturelles, et pour subvenir à leur besoin ou pour des raisons politiques, certains ont eu recours à des actes malhonnêtes comme le kidnapping ». Pour rien au monde, conclut-il, « je ne retournerai pas là-bas ».

En effet, selon le Department of Homeland Security (DHS), « les États-Unis accordent le TPS aux ressortissants de pays où conflits armés, catastrophes naturelles et autres conditions exceptionnelles et temporaires sévissent et contraignent ces derniers à ne pas y retourner ». En dépit du fait qu’en Haïti s’observe l’ensemble de ces critères, le TPS n’a jamais été accordé aux ressortissants haïtiens vivant illégalement aux États-Unis.

Job, avocat, a effectué un trajet d’environ 40 kilomètres pour prendre part à la manifestation du 3 avril. Sur un ton frôlant l’énervement, le professionnel explique que « le processus d’immigration est toujours plus long pour un citoyen haïtien voire même Haïtianoaméricain ». « Aujourd’hui, poursuit Job, Washington doit comprendre que notre communauté a grandi et elle est puissante. Il est temps que la discrimination envers nos concitoyens cesse ».

Le TPS, l’enjeu !

L’administration d’Obama, comme celle antérieure de Georges W. Bush, résiste face aux pressions de congressistes américains et d’activistes des droits humains pour l’octroi du TPS aux sanspapiers haïtiens, alors qu’ils y sont éligibles. Pour le National Association for the Advancement of Colored People (NAACP)* et plusieurs autres organisations de défense des droits humains, le gouvernement américain joue la carte de la discrimination envers la première République noire du monde.

Ces organisations critiquent sévèrement l’attitude inébranlable (malgré les demandes formelles, en février et octobre 2008, du président Préval) du DHS face aux sans-papiers haïtiens. En fait, la Secrétaire du DHS, selon la loi, est en mesure d’utiliser son pouvoir pour accorder le TPS aux sans-papiers haïtiens par ordre exécutif. « Mais telle n’est pas l’intention de Janet Napolitano, la Secrétaire du Department of Homeland Security », selon les médias américains.

Le représentant de la Floride, Alcee Hastings (démocrate) du Black Caucus, qui a introduit au Congrès, en janvier dernier, le« Haitian Protection Act of 2009 » a récemment demandé, par correspondance, au président américain d’accorder immédiatement le TPS aux sans-papiers haïtiens. Dans sa lettre, M. Hastings a rappellé à Barack Obama que «Haïti ne s’est pas encore récupérée des catastrophes écologiques dévastatrices, de la violence et de l’instabilité politique qui font peser de graves menaces pour la sécurité personnelle de tous ceux rapatriés de force et ceux (environ 30 000) qui sont sur le point d’être rapatriés dans ce pays d’après l’ordre de certains juges».

À son retour de son périple européen, le président Obama répondra-t-il positivement à la requête du congressiste et des ressortissants haïtiens? Il n’est que d’attendre.*Association nationale pour l’avancement du peuple de couleur



Mercredi 8 avril 2009