Thursday, September 24, 2009

Coopération / Matt Damon octroie deux millions à Haïti



Sensibilisé par l’ambassadeur de bonne volonté d’Haïti, Wyclef Jean et encouragé par le Clinton Global Initiative (CGI), l’acteur hollywoodien Matt Damon décide d’octroyer une enveloppe de deux millions de dollars américains, à travers son organisation humanitaire Water.org, au pays le plus pauvre de l’hémisphère, lequel il a visité il y a un ans, mois pour mois .

Cette enveloppe permettra de fournir de l'eau potable à 50 000 familles et des installations sanitaires en Haïti pendant trois ans. L’annonce a été faite mardi à l’ouverture plénière de la cinquième réunion annuelle de la CGI qui se tient du 22 au 25 septembre 2009, à Manhattan, New-York.

« Le développement du programme de Water.org en Haïti aidera la population à rompre avec le cycle des maladies et de la pauvreté », croit Gary White, co-fondateur de l'organisation humanitaire. « Etant le pays le plus pauvre de l'hémisphère occidental, le cas d'Haïti est extrême, commente M. White, avec près de la moitié de sa population qui n'a pas accès à l'eau potable ».

L'engagement de Water.org en Haïti devra toucher les gens à travers des programmes de subvention tout en explorant l'opportunité de s'associer avec les institutions de micro-finances du pays à travers une innovation dans le secteur de la finance, le Watercredit. Cette initiative permettra d'accorder de petits prêts à des individus ou des communautés pour résoudre leurs problèmes d'accès à l'eau.

Une campagne sociale a été également lancée pour collecter des fonds en vue de relever ce défi. A cet effet, un site web dénommé « The Haiti challenge » a même été créé pour non seulement recueillir des fonds, mais aussi pour s'attirer la sympathie des internautes en établissant des liens avec les sites sociaux les plus populaires de la planète (Facebook, Twitter …).

Nous saluons le geste. Mais nous sommes préoccupés face au niveau elevé de corruption dans notre pays; nous nous demandons si la majeure partie de cette somme ne sera pas plutôt alloué au fonctionnement de bureau au lieu des réalisations nécessaires. Attendons voir.

Saturday, August 29, 2009

Une vieille gauche avilie

La gauche pose de façon prioritaire la question du partage des richesses. Son idée de la justice, c’est l’égalité ou tout au moins la quête d’une organisation sociale plus soucieuse de l’égalité. En Occident, elle représente aussi la défense des libertés civiles et refuse toute forme d’exclusion. Elle n’est pas forcément marxiste, mais elle reconnaît que les sociétés sont organisées par les humains et que leur organisation et leur fonctionnement ne tiennent ni d’une fatalité extérieure ni d’un mécanisme interne immuable. La gauche, c’est aussi plus d’État pour équilibrer l’organisation sociale.

Si j’étais de gauche, je serais obligé de reconnaître que les pouvoirs politiques de l’après-Duvalier ont été souvent aux mains de personnes qui, à un titre ou à un autre, se réclamaient de la gauche ou pouvaient être considérées comme venant de la gauche: soit qu’elles aient été des militants de base ou des dirigeants de « l’action patriotique » dans la diaspora, soit qu’elles aient été impliquées dans des mouvements communautaires de type TKL, soit qu’elles aient eu à la bouche des promesses de lutte contre l’exploitation et l’exclusion, soit qu’elles aient critiqué « l’ordre établi», le «statu quo », soit qu’elles aient pris l’inégalité pour cible principale, même quand les analyses étaient bancales, les propositions floues, les attitudes plus opportunistes que sincères. Non seulement, de nombreux membres des gouvernements qui ont mal dirigé ce pays venaient de cette nébuleuse, en venaient aussi les membres et dirigeants des partis qui se trouvaient alternativement, ou parfois en même temps, au pouvoir et dans l’opposition, comme l’OPL ou la Fusion.

Si j’étais de gauche, je dresserais les portraits de ceux qui sont devenus leurs propres caricatures : Il y avait ceux qui chantaient « si w vle revandike » avec Manno Charlemagne, ceux qui citaient Althusser et Samir Amin, ceux qui ne citaient personne parce qu’ils voulaient de l’action sans théorie, ceux qui prenaient des allures de mystère, clandestins connus et fiers de l’être, ceux qui tenaient le discours du changement, de la nécessité du changement, ceux qui accusaient tous ceux qui ne faisaient pas partie de leurs groupuscules de faire partie des «forces anti-changement ». Il y avait les « apparachik » aux réflexes et passés staliniens, les petits soldats, les groopies, les gurus…

Si j’étais de gauche, je serais obligé de reconnaître que, depuis plus de vingt ans, ce sont ceux-là qui mènent les politiques néolibérales. C’est parmi eux aussi qu’on a pu identifier quelques champions de la corruption dont le savoir-faire est tel qu’un ministre de Duvalier ferait auprès d’eux figure de débutant. Aujourd’hui, ce sont les mêmes qui mènent ces mêmes politiques, tandis que des forces étrangères interviennent pour « rétablir l’ordre » menacé par les manifestations d’étudiants et d’ouvriers, ce sont eux qui crient halte à la montée du salaire minimum, ce sont eux qui, lorsqu’ils ne sont pas directement au pouvoir récoltant quand même quelques miettes par un ministre à eux, un directeur général à eux n’osent pas, ne peuvent pas, ne savent pas défendre les discours revendicatifs, voire les produire eux-mêmes ou les traduire en proposition réaliste et intelligente de gestion de la chose publique.

Ce sont eux qui réclament moins d’État. Ce sont eux qui se complaisent, s’étalent, pataugent dans la permanence de la présence étrangère qui protège leur sommeil plus qu’autre chose. Ce sont eux qui ont retrouvé leurs vieilles habitudes sociales : amis de classe, condisciples de classe… Ce sont eux qui, hauts fonctionnaires, dirigeants politiques et hauts cadres, gagnent gros salaire tandis que la pauvreté est la même, tandis que le niveau d’éducation reste le même, tandis que les conditions d’existence de la majorité ne s’améliorent pas et que l’écart se creuse plus vite encore qu’hier entre riches et pauvres.

Si j’étais de gauche, je serais obligé de reconnaître l’indigence théorique de ces activistes muets et de ces bavards peu profonds, indigence telle qu’ils ne proposent rien, subissent, adhèrent, obéissent. Je serais obligé de constater que l’opportunisme politique et l’indigence théorique ont conduit, en ce qui a trait aux conditions de vie et à l’organisation sociale, la reproduction empirée du même.
Si j’étais de gauche, Dieu, que j’aurais honte et me sentirais bafoué. Et que je m’empresserais d’aller chercher, loin de cette bande, des gens avec qui penser, agir, et partager des convictions.



Par Lyonel Trouillot ,
mercredi 26 août 2009, Le Matin

IMMIGRATION/ETATS-UNIS/HAITI La réforme de l’immigration fixée à 2010

Les illégaux haïtiens s’impatientent et s’inquiètent


Ils se sont mobilisés dans plusieurs villes des États-Unis récemment. En avril dernier, la déclaration de la Secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, lors de sa première visite en Haïti, les avait reconfortés. Quatre mois après, la trentaine de milliers de sans-papiers* haïtiens vivant aux États-Unis sont dans l’attente d’une nouvelle loi / de la réforme sur l’immigration et s’inquiètent d’une éventuelle déportation. Mais à quand cette fameuse réforme sur l’immigration ?


La semaine écoulée, la Secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis a dirigé une importante réunion –la deuxième de ce genre en six mois – autour du thème « Comprehensive Immigration Reform (la réforme compréhensive de l’immigration). Janet Napolitano, 57 ans, a été rejoint par 130 personnalités, entre autres, sénateurs, membres de la chambre des représentanst, leaders du mouvement pour la réforme de l’immigration, activistes des droits des illégaux et membres du gouvernement. C’était pour elle et pour le président Obama – qui a fait une courte apparition – l’occasion de réaffirmer leur volonté de traiter la question avec rigueur.

Cette rencontre, fermée aux journalistes, a lieu suite aux recommandations du 44è président des États-Unis. Jugeant nécessaire de trouver un moyen pour régulariser les personnes sans-papiers vivant aux États-Unis, Barack Obama a annoncé que la secrétaire à la Sécurité intérieure allait constituer un groupe de travail avec les leaders du Congrès afin de concocter une proposition concrète visant à sécuriser les frontières américaines et à « reconnaître et régulariser le statut des sans-papiers ».

Coincé depuis environ trois semaines consécutives dans un débat houleux sur la réforme du système de santé, le président Obama est de plus en plus incertain quant à l’adoption d’une nouvelle loi sur l’immigration à la fin de cette année et joue la carte de la prudence. « Aujourd’hui, j’en ai beaucoup dans mon assiette, a-t-il déclaraé lors du sommet de Mexico. C’est très important d’ordonner ces grandes initiatives afin qu’elles n’échouent pas en même temps ».

La réforme aura lieu en 2010

« Pour ne pas être trop ambitieux, a précisé le président américain, la réforme doit attendre 2010. Malgré cela, elle connaitra un sérieux test politique». Rappelons qu’en avril dernier, Barack Obama avait promis que la réforme de l’immigration sera adoptée à la fin de 2009, après deux échecs en 2006 et 2007, sous l’administration de son prédecesseur George W. Bush.

Sur le cas précis d’Haïti, Obama a indiqué que ce problème doit être réglé par une réforme globale de la loi sur l'immigration. « Mon administration entend continuer avec le processus de révision de la politique américaine sur la déportation des sans-papiers haïtiens ... [car] un afflux soudain de gens déportés de la Floride vers Haïti pourrait représenter un problème humanitaire potentiel».

Ainsi, si la réforme de l’immigration est adoptée au début de 2010, au lieu d’être éligible pour le TPS comme les Honduriens, les Nicaragueyens, les Salvadoriens, les Soudanais et les Somaliens, il se pourrait que les sans-papiers haïtiens aient accès automatiquement à la carte de résidence permanente. Pour l’instant, l’administration d’Obama n’a encore fait état d’aucun plan, ni de stratégie.

« Mobilisons-nous »

Ici au sud de la Floride, les émissions relatives au débat sur le TPS abondent. Marathons, maifestations, réunions communautaire, porte-à-porte, spots radiophonique... autant d’initiative entreprises par des organisations communauatires haïtiennes depuis la montée au pouvoir du président Barack Obama pour l’obtention du statut de protégé temporaire {en anglais, Temporary Protected Status (TPS).

Suite aux déclarations du président américain, les illégaux haïtiens disent s’inquiéter et jugent important de continuer la mobilisation pour contrecarrer les mesures de déportation des illégaux et obtenir le TPS.

Le 30 juillet dernier, consacré « Haitian Lobbying Day », l'association des Haïtiens unis aux États-Unis (United Haitian association of USA Inc.) a été reçue au Congrès américain à propos du dossier de l’immigration alors que parallèlement, des centaines d’autres compatriotes venus de nul part ont gagné les rues de Washington pour déclarer leur ras-le-bol quant à la politique discriminatoire appliquée à l’endroit des Haïtiens.

En avril, lors d’une visite de quelques heures en Haïti, Mme Clinton avait souligné qu’une certaine catégorie d’illégaux haïtiens, admis sur le sol américain avant la montée officielle du nouveau gouvernement, obtiendra probablement le Statut de résident temporaire (TPS en anglais) ». Plus récemment, le mari de la Secrétaire d’État, l’ex-président Clinton, a invité les Haïtiens de la diaspora à continuer à faire pression afin d’obtenir le TPS en faveur des illégaux.

« Vous devez continuer à mettre la pression, mais non de façon hostile », a conseillé l’envoyé spécial du Secrétaire général des Nations-Unies en Haïti, précisant qu’environ 200 pays [soit 12 millions d’immigrés illégaux, en majorité des latinos] attendent une décision similaire des autorités américaines.


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* Selon la loi américaine, est considérée illégale, toute personne qui est entrée aux USA, soit sans autorisation, sans documents légaux, ou qui a violé les termes de son séjour, ou alors qui a outrepassé son visa de séjour (excéder le droit de séjour permis par le visa). Tout individu qui se trouve dans l’un ou l’autre de ces cas est un sans-document / sans-papiers. La loi prévoit alors une procédure de déportation et d’interdiction future de séjour avec d’autres peines et conséquences.