Monday, May 4, 2009

COOPÉRATION / La France double son aide alimentaire à Haïti



« La France double son aide alimentaire à Haïti, mais s’impatiente de voir nommer un nouveau Premier ministre. De 2007 à 2008, l’aide alimentaire a plus que doublé mais, « cela ne veut pas dire que la France va faire deux fois plus », tempère le secrétaire d’État à la Coopération et à la Francophonie, Alain Joyandet.


« Après l’octroi d’un million d’euros, dont 800 000 en aide alimentaire le 10 avril dernier à Haïti, la France affecte 3 millions supplémentaires suite à la décision du président français, Nicolas Sarkozy, de doubler l’aide alimentaire aux pays pauvres », a informé Alain Joyandet secrétaire d’État français à la Coopération et à la Francophonie, hier mercredi, au Salon diplomatique de l’aéroport international Toussaint Louverture.

Alain Joyandet n’a pas indiqué le montant alloué à Haïti par la Ve république dans le cadre du supplément d’aide alimentaire aux pays pauvres. Il a, cependant, précisé que la France va doubler son « volume d’interventions ». « On va faire plus, explique-t-il, mais pas deux fois plus, puisque les prix ont déjà considérablement augmenté ». Ces fonds ne seront pas remis au gouvernement haïtien. Ils transiteront par les partenaires internationaux de la France, des organisations internationales, dont le Programme alimentaire mondial (Pam) qui en gèreront la plus grande partie.

Alain Joyandet s’est réjoui de l’aide internationale accordée en Haïti, mais s’est dit choqué de voir les conditions difficiles dans lesquelles pataugent de nombreux « amis haïtiens ». « Ici (Haïti), il y a un travail colossal à faire », a-t-il estimé.

L’impatience de la communauté internationale

Alain Joyandet a survolé Haïti à bord d’un hélicoptère de la mission onusienne, mercredi matin, avant de rencontrer le président Préval au Palais national. Ce survol lui a causé un choc. Avec le chef de l’État, il a débattu des préoccupations de la communauté internationale quant à la nomination rapide d’un nouveau Premier ministre pour la stabilité politique du pays.

« J’ai rencontré le président Préval et j’ai indiqué que nous étions impatients que ce Premier ministre soit nommé pour la mise en place d’un nouveau gouvernement, pour que nous puissions avoir des interlocuteurs. La communauté internationale, si cela dure, craint qu’à cette crise alimentaire ne s’ajoute une crise politique », a souligné le secrétaire d’État français à la Coopération et à la Francophonie. La relance de l’agriculture vivrière a été également à l’ordre du jour. Il a proposé la tenue d’une réunion entre la France, le Canada et d’autres pays partenaires d’Haïti au sujet de cette relance.

Vers la production de 6 000 tonnes de riz par an

Pour le secrétaire d’État, la recapitalisation des petites exploitations agricoles est importante. Une partie des interventions financières de la France peut être envisagée pour y arriver. Alain Joyandet a révélé que la coopération française a commencé à travailler sur un projet de 800 000 euros qui génèrera environ 5 000 emplois. Ce projet vise l’exploitation de 700 hectares dans le département du Sud (non loin de Saint-Louis du Sud), la réalisation d’un canal de 4 kilomètres et la production de 6 000 tonnes de riz par an.

« Du côté d’Haïti, il faut un gouvernement qui s’approprie ces projets. Nous l’aiderons à monter l’ensemble des procédures et des interventions techniques », a-t-il rassuré. Durant son séjour de 48 heures à Port-au-Prince, le secrétaire d’État français à la Coopération et à la Francophonie a visité des cantines pour écoliers et des projets financés par la coopération française en Haïti. Outre le président Préval, il a rencontré des dirigeants de partis politiques.


Jeudi 24 avril 2008

Les haïtiens de l'extérieur manifeste leurs incertitudes

Dans un Park de Lake Ida, Delray Beach, une quarataine d'haïtiens jouent au foot-ball. Une dizaine d'autres se groupent autour d'une table, discutant de


Sept ans après son adhésion au Groupe d’action financière de la Caraïbe (Gafic), la République d’Haïti a été évaluée pour la première fois en octobre 2007. Dans le cadre de la XXVII è plénière de cette structure régionale qui se déroule depuis le 5 mai 2008 à Port-au-Prince, le rapport d’évaluation, qui passera aux cribles les structures de lutte haïtienne contre le blanchiment, sera présenté aux États membres.


Ce mercredi, tôt dans la matinée, une centaine de personnalités venues de plus d’une cinquantaine de pays de la Caraïbe, de l’ Amérique du Nord , de l’Amérique du Sud et d’autres pays observateurs sont présents au Karibe convention Center à Pétion-Ville, pour « évaluer mutuellement Haïti et quatre autres États membres du Groupe d’Action financière de la Caraïbe (Gafic) ».

Depuis son adhésion à cette entité régionale, Haïti « a mis en place certaines structures, par exemple l’Unité centrale de renseignements financiers (Ucref), et a adopté des mesures qui permettent d’attaquer cette question sur les plans juridique (Loi sur le blanchiment de février 2001), financier et d’application de la loi ». Dans le cadre de cette plénière, les débats, qui s’achèvent ce mercredi, sont réservés à l’examen des rapports d’évaluation mutuelle.

Les autorités haïtiennes ont réitéré leur engagement à combattre « farouchement le blanchiment des avoirs ». Les résultats de cette évaluation, disent-elles, les encouragent à « prendre les mesures nécessaires pour renforcer les structures de lutte contre le blanchiment des avoirs ».

Renforcer la coopération

Le président du Gafic, le Costaricien José Torres Castro, a appelé au renforcement des liens de coopération et d’échanges d’expériences dans le cadre de la lutte contre le blanchiment des avoirs. « Des organisations criminelles tentent de miner nos efforts. Mais il faut continuer vers la vision multinationale pour renforcer la qualité des États membres », a-t-il précisé, annonçant qu’une déclaration de principe sera proposée afin que l e Gafic modernise ses actions et réponde mieux à ses obligations.

Le ministre sortant de la Justice, Me René Magloire a dressé le panorama de la situation du blanchiment d’argent dans le pays et en a souligné les causes. « Ici, soutient-il, les causes de la criminalité s’appellent pauvreté, exclusion sociale, niveau de chômage très élevé, particulièrement chez les jeunes, analphabétisme, bidonvilisation. La criminalité tend à s’accroître à travers le monde. Or, nous savons que la criminalité décourage l’investissement, détruit le capital humain et social et finalement affaiblit l’État ». L’État, insiste Me Magloire, n’a pas su canaliser les énergies d’environ 50 % des jeunes de moins de 30 ans qui, désespérés et abandonnés à leur sort, sont vite recrutés par les gangs criminels.

Croyant dur comme fer que seuls des efforts concertés aux niveaux régional et international permettront de lutter efficacement contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, René Magloire a estimé que cette lutte, « en plus d’aider à maintenir l’intégrité des marchés financiers, se révèle donc un élément important pour combattre le crime organisé, la corruption et le financement du terrorisme ».

Le garde des sceaux a rappelé l’initiative du président Préval de convoquer, le 16 mars 2007, en République dominicaine, un Sommet régional au cours duquel les chefs d’État et de gouvernement avaient renouvelé leur engagement ferme et résolu à poursuivre la lutte contre le narcotrafic et la criminalité associée en renforçant la coopération dans tous les domaines, conformément aux normes et principes du droit international.

« Délinquance de col blanc »

Le président a. i du Comité national de lutte contre le blanchiment des avoirs (CNLBA) a fait remarquer que le blanchiment d’argent, « délinquance de col blanc, a une capacité pernicieuse de mettre en danger tout système financier, sans parler des drames humains et sociaux qu’il est à même de provoquer ».

Me Maxime Charles a qualifié cette plénière de « messe caribéenne et centroaméricaine de réflexion sur l’avenir ». Ce premier rapport, considère-t-il, est « une opportunité indispensable pour améliorer notre système de lutte contre le blanchiment ». Me Charles a aussi rappelé que depuis la mission d’évaluation en octobre 2007, les efforts d’Haïti se sont accentués : « De nouveaux projets de loi ont été élaborés, certains ont été déposés devant le Parlement ; certains de ces textes contiennent des provisions qui devront permettre au pays d’être en pleine conformité par rapport à plusieurs normes du Gafi. L’Ucref est en train de se restructurer… ».

Des juges et officiers de police présents à la plénière ont réitéré leur volonté de poursuivre la lutte contre le blanchiment. C’est le cas du magistrat Yves Altidor selon qui « il y a assez de provisions légales mais les moyens sophistiqués (internet, caméra digitale, bande sonore) manquent dans le système judiciaire ».

Quid du Gafic ?

Le Gafic est un organisme régional de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Il regroupe trente pays du bassin de la Caraïbe ainsi qu’une dizaine de pays observateurs et organisations de soutien. Créé en 1992, il a son siège social à Port of Spain, Trinidad et Tobago. Sa mission est d’évaluer et de coordonner les structures régionales de lutte contre le blanchiment des avoirs et le financement du terrorisme.


Mercredi 7 mai 2008